🧧 C'est moi ou il fait Chow ici ?

Nous sommes en mars 2026 mais étonnement ce sont John Woo, Tsui Hark, Wong Kar-wai et Kinuyo Tanaka qui font l'actualité cette semaine.

🧧 C'est moi ou il fait Chow ici ?
Chow Yun-fat dans Le Syndicat du crime de John Woo

Oui, il fait chaud ; beaucoup trop même, pour un mois de mars. Il fait vingt degrés partout en France alors que c'est encore l'hiver. Pendant ce temps là, à l'autre bout du monde, on bat des records absolus de température, on inaugure de nouveaux camps de concentration et on bombarde des écoles au nom de la paix. C'est dans ce contexte de fin du monde que je vous partage aujourd'hui mon désarroi, non pas pas pour insister sur la futilité du cinéma, mais plutôt pour nous exhorter à créer. Résister, c'est aussi refuser d'entrer dans la prison mentale où le fascisme voudrait nous enfermer. On crée pour encourager l'espoir. Quand Momoko Seto s'inquiète de l'imminence de la guerre nucléaire, elle crée Planètes et rêve à d'autres mondes. Quand Kinuyo Tanaka déplore la condition de la femme dans le Japon d'après guerre, elle signe six films pour conjurer le sexisme. Quand Cherien Dabis pleure le génocide de son peuple, elle nous convie dans l'intimité d'une famille palestinienne pour créer des ponts entre les peuples. Quand Wong Kar-wai voit la rétrocession se profiler à l'horizon, il part au bout du monde filmer l'une des plus belles romances homosexuelles du vingtième siècle. Et que dire de la fuite en avant effrénée de toute l'industrie du cinéma hongkongais, incarnée par Tsui Hark et John Woo ? Faute de pouvoir mettre fin à l’impérialisme par notre seule volonté, créons et partageons le cinéma, vecteur de liberté. Nous ne sommes pas impuissant·es car nous sommes ensemble et notre colère est mue par l'espoir d'un monde meilleur. Et maintenant : l'actualité cinéma de la semaine, avec beaucoup de Chow Yun-fat.


🗓️ PLANNING CLAIR POUR SALLES OBSCURES

Votre rubrique dédiée aux sorties de la semaine (la semaine qui arrive, mercredi qui vient là, ce mercredi, dans un cinéma près de chez vous !)
Scarlet dans le film éponyme de Mamoru Hosoda

Lady Vengeance - Mamoru Hosoda est de retour et le moins que l'on puisse dire c'est que son nouveau film (intitulé Scarlet) est loin de faire l'unanimité dans son archipel natal. J'ai cependant beaucoup d'admiration pour cet artiste qui ne cesse de repousser les limites de l'hybridation entre animation traditionnelle et image de synthèse avec une virtuosité sans pareille. Si cette adaptation de Hamlet prend de nombreuses libertés avec l’œuvre originale, c'est pour mieux appuyer un message presque naïf sur les vertus du pardon. On en ressort avec le sentiment que le cinéaste devrait sans doute arrêter de scénariser lui-même ses films. En revanche, il est capital que le studio Chizu continue de produire des œuvres aussi belles et originales. Si vous avez aimé Belle, vous pouvez assurément tenter votre chance avec Scarlet. Sinon, passez votre chemin.

Des akènes de pissenlits qui volent au vent dans Planètes de Momoko Seto

La vie trouve toujours un chemin - Voilà presque un an que Planètes a fait la clôture de la Semaine de la Critique à Cannes. Dans son premier long métrage, la réalisatrice franco-japonaise Momoko Seto suit quatre graines de pissenlits qui voyagent dans l'espace à la suite d'une explosion nucléaire. Au terme de ce voyage, elles trouveront une terre fertile sur une planète inconnue et pourront perpétuer leur espèce. Il n'y a toutefois pas de planète B dans la vraie vie, n'en déplaise à notre bon président qui a joué cette semaine la carte de l'escalade atomique. Il ne reste plus qu'à espérer que la science-fiction reste de la fiction, aussi bien pour les pissenlits que pour les êtres humains.

Un père et son fils dans Ce qu'il reste de nous de Cherien Dabis

Rameau d'olivier - Semaine après semaine, je manque de mots pour qualifier la grande vitalité du cinéma de la diaspora palestinienne. Avec Ce qu'il reste de nous, la réalisatrice Cherien Dabis filme trois générations de cisjordanien·nes au fil de soixante-dix ans d'Histoire moderne. De l'aveu même de la cinéaste, son film a pour objectif de rouvrir le dialogue autour de la Palestine en occident. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.


🙇‍♀️ PIÉTÉ FILIALE

C'est la rubrique consacrée aux rétrospectives, aux cycles thématiques et aux classiques en tous genres : le cinéma de patrimoine, si vous préférez.
Gong Li et Tony Leung Chiu-wai dans 2046 de Wong Kar-wai

🎶 J'me gênerai pas pour dire que j't'aime Angkor - Vous connaissez la chanson : les films de Wong Kar-wai reviennent une fois de plus au cinéma dans une version restaurée, à la faveur d'une rétrospective organisée par The Jokers. Il est temps de se pâmer devant les regards langoureux entre Tony Leung Chiu-wai et ses innombrables conquêtes, de Leslie Cheung à Gong Li en passant par Maggie Cheung et ses sublimes qipao signés William Chang. Si vous n'avez jamais vu ces films, prenez au moins le temps d'aller voir In the mood for love pour admirer la photographie de Christopher Doyle. Après tout, on ne vit qu'une fois et ce serait dommage de faire l'impasse sur la musique de Shigeru Umebayashi. Je vous ai dit que j'aimais bien le cinéma de Wong Kar-wai ?

Leslie Cheung dans Le Syndicat du crime 2 de John Woo

Vers des lendemains meilleurs - On reste à Hong Kong avec le retour en salle de la trilogie Le Syndicat du crime de John Woo et Tsui Hark. Son premier volet est un film emblématique du cinéma hongkongais de l'époque et fait la part belle aux scènes d'action entrecoupées d'incroyables moments d'homoérotisme dans lesquels Chow Yun-fat éclipse tous ses camarades comédiens. Entre honneur des voleurs et amour fraternel, les épisodes suivants sont à l'avenant et offrent aussi de beaux morceaux de bravoure à Leslie Cheung qui signe ici l'une de ses meilleures chansons. Rien que de vous en parler, ça m'a donné envie de les revoir. Je sais ce que je fais mercredi soir.

Yumiko Nogawa dans Carmen de Kawachi de Seijun Suzuki

🎶 Tsuyu est un oiseau rebelle - Carlotta Films poursuit son exploration du cinéma de patrimoine japonais avec la sortie en salle du film Carmen de Kawachi, réalisé par Seijun Suzuki en 1966. Restauré pour l'occasion, ce mélodrame dépeint la fulgurante transformation du Japon d'après-guerre, alors que l'héroïne s'installe à Osaka et travaille dans un bar à hôtesses tout en rêvant de devenir mannequin.


📺 WE HAVE FILM AT HOME

C'est ici que vous retrouverez l'actualité des sorties sur les plateformes de VOD et SVOD mais aussi les éditions physiques de vos films préférés, parce que tout le monde ne peut pas aller au cinéma !
Chisako Hara dans La Nuit des femmes de Kinuyo Tanaka

Grandeur Dame - Dès le 15 mars, les six films réalisés par Kinuyo Tanaka seront disponibles sur arte.tv. Cette actrice légendaire de l'âge d'or du cinéma japonais est passée derrière la caméra pendant une décennie et a signé de sublimes portraits de femmes de son époque, à commencer par La Nuit des femmes, réalisé en 1961. Ce superbe drame met en scène une ancienne prostituée emprisonnée à cause de son activité qui peine à se réajuster à la vie en dehors du pénitencier. C'est mon favori mais chacun de ses films transpire le protoféminisme et je vous invite vivement à les (re)découvrir sur le service public parce qu'après tout, tout le monde en chœur, c'est nos impôts qui paient ça ! Vous aurez jusqu'au mois de septembre pour les regarder, après quoi les films quitteront la plateforme mais resteront disponible dans le chouette coffret de Carlotta Films.

Tony Leung Chiu-wai et Chow Yun-fat dans À toute épreuve de John Woo

John Woo fait son Chow - Metropolitan ne régale pas que nos salles obscures cette semaine : The Killer de John Woo débarque en édition limitée dans sa jolie restauration pour toujours plus de pixels sur vos balles et vos cartouches. Avec ses trois disques, le coffret totalise pas moins de neuf heures de suppléments, dont les montages taïwanais, des entretiens avec l'équipe du film, un commentaire audio, un documentaire, des scènes coupées, et bien plus encore. Et comme si tout cela ne suffisait pas, À toute épreuve revient cette semaine dans une édition standard à petit prix, dépouillée d'une bonne partie de ses suppléments mais tout de même dotée d'un commentaire de John Woo et d'une table ronde avec Christophe Gans. Chow Yun-fat n'a pas fini de déclencher des fusillades dans votre salon.


⬛ IN MEMORIAM

Voici la rubrique nécrologique de la semaine : une pensée aux disparu·es et à celleux qui restent.
Hideaki Hatta lors de la cérémonie pour les victimes de l'incendie de Kyoto Animation

Hideaki Hatta - Le président et cofondateur du studio Kyoto Animation nous a quitté·es : Hideaki Hatta est décédé le 16 février des suites d'une maladie. Il avait 76 ans. Il avait fondé le studio avec sa femme, Yoko Hatta, en 1985. Pendant plus de quarante ans, Kyoto Animation a été un studio à part, qui favorisait l'embauche à long terme d'employé·es en interne dans une industrie où la sous-traitance est pourtant monnaie courante. Sous la direction de Hideaki Hatta, le studio a produit des séries à succès comme K-On!, et a accompagné la cinéaste Naoko Yamada dans ses premières réalisations. En 2019, un incendie criminel a tué 36 personnes au sein du studio, endeuillant leur familles et le monde de l'animation. Hatta a alors pris ses responsabilités et a initié la reconstruction de Kyoto Animation. C'est aujourd'hui son fils ainé Shinichiro qui prend la direction du studio.


🫵 C'EST VOUS LE PRODUIT

C'était inévitable : j'allais bien finir par monétiser cette petite entreprise. Non, en réalité, c'est une rubrique pour faire la publicité d'un truc auquel je participe, genre un podcast, au hasard.

La corde Ohku - Notre nouvel épisode de WŎMEN, l'émission consacrée aux réalisatrices d'Asie, vient de sortir, pile à temps pour la journée internationale des droits des femmes ! Nous vous parlons cette fois-ci d'un film qui réchauffe le cœur des âmes esseulées, à savoir l'excellent Tempura d'Akiko Ohku, une réalisatrice japonaise pour le moins prolifique. On espère que l'épisode vous plaira et qu'il vous donnera envie de vous abonner. Bonne écoute !


C'est tout pour aujourd'hui ! 🧧 HONGBAO revient la semaine prochaine, fidèle au poste. On se quitte en musique, avec le bel EP Midnight Candy de la chanteuse et musicienne sud-coréenne Fromm : un peu de douceur pour échapper à l’âpreté du monde. Bon dimanche et excellente semaine à tous·tes.

🎶어린밤에 우리 무슨 꿈을 꿨는지?